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A venir ...



Disparition de Philippe Olivier, le "Pape" des fromages

Que dire à propos de la disparition de Philippe Olivier, le "Pape" des fromages, ce 15 décembre 2022, sinon que de reprendre l'article que je lui avais consacré sur le site de "feu" le Bottin Gourmand (assassiné par ces connards du "Débit Industriel" !), à l'occasion de son départ à la retraite et que j'ai repris ensuite dans mon site :

 

"Désormais grâce à Philippe Olivier, vendre un fromage est devenu un art. Que dis-je, c'est une confrérie des 7 arts : art de l'affinage, art de la découverte, art de la réception, art de la pédagogie, art de l'humilité et art de l'exportation. Et, pour exprimer au mieux tous ces arts, la dernière trouvaille de cet homme, toujours en quête de nouveauté et de perfection, c'est la Bière à Frometon®. Les fromages s'accordent souvent avec le vin de leurs terroirs. Pour le Nord, comme ce département ne recense aucun vignoble, les fromages à pâte molle et à croûte lavée, ainsi que les fromages à pâte pressée, pourront désormais s'exprimer au mieux avec une bière locale spécifiquement créée à leur intention. Cette bière ambrée, de fermentation haute (les seules bières dignes d'intérêts), est le fruit d'une étroite collaboration entre deux passionnés; Philippe Olivier bien sûr, et Christophe Noyon, agriculteur brasseur aux Deux Caps. A l'approche de sa retraite annoncée, une rencontre avec Philippe Olivier devenait plus que nécessaire, elle était vitale surtout, comme votre serviteur, quand on partage l'adage de J-A Brillat-Savarin : “Un repas sans fromages est une belle à qui il manque un œil !".

Samedi 27 mars 2010, en route pour Boulogne-sur-Mer où j'avais rendez-vous avec Philippe Olivier à 15 heures 30 dans sa fromagerie. En l'attendant, je parcours son étroite boutique-couloir et je reste émerveillé par le choix incroyable et l'aspect de la centaine de fromages proposés ici. Vers 15 h 45, Philippe Olivier arrive, me salue et me demande, avec une voix amicale, de bien vouloir l'excuser pour son retard (il était retenu par un important client pour affaire). Cette déférence me frappe et me fait prendre conscience que cet homme, comme tous ceux de sa trempe, sont d'une grande humilité. Lui, le puits de science de la galaxie fromagère, "le référent" mondial des préparations au lait cru, sollicite mon obligeance, moi le sans grade de la pâte molle, le béotien de la croûte fleurie, qui, à l'image d'un cyclotouriste du quatrième âge souhaitant atteindre le Tourmalet, l'a sollicité et a obtenu qu'il me consacre un partie de son temps précieux. Mais qui donc aurait pu avoir l'outrecuidance de ne pas l'excuser !

Dans la famille Olivier, le fromage c'est un sacerdoce. En 1907, le grand-père Ernest Leroux avait un magasin situé rue de la Tour à Beurre à Rouen. Il était président des "marchands de beurre" de Seine Inférieure. Le père, lui, était fromager à Dieppe. Quand à 14/15 ans Philippe Olivier tombe gravement malade, celui-ci, à l'issue de sa convalescence, lui demande ce qu'il peut faire pour lui. Réponse de l'intéressé : “Tu me paies une R8 et tu me donnes de l'argent de poche pendant deux ans“. Banco, et fort de cette aide il va parcourir la France et faire du compagnonnage. Au cours de son périple hexagonal, il apprendra notamment à faire du fromage, un atout que peu de fromagers peuvent se vanter d'avoir dans leurs bagages. Ensuite, cap sur Paris où l'un de ses patrons d'apprentissage lui confie la reprise d'anciennes crémeries de l'après-guerre dont les devantures étaient peinte en bleu. Projets d'aménagements avec un installateur de magasin, décoration des locaux et formation du personnel, c'est ainsi qu'il ouvrira cinq boutiques dans la capitale.

Mais l'homme est épris d'indépendance. Il souhaite surtout monter sa propre affaire. Celles disponibles à Paris sont beaucoup trop chères pour les cordons de sa bourse. Ayant passé son enfance à Dieppe, il voulait surtout trouver quelque chose plus proche du bord de la mer. Il retourne alors en Normandie, celle de la région de Dieppe. Il va voir son père qui lui déclare : “Y'a une coutume en Normandie, l'affaire va à l'aîné de la famille. Comme tu es le deuxième, il faudra aller voir ailleurs ! " Cette remarque secoue la sensibilité à fleur de peau du jeune Philippe Olivier. Il claque la porte en lui déclarant : “Un jour, j'aurais une boutique dont le chiffre d'affaires sera plus gros que le tien !". Effectivement, après avoir prospecté à Dunkerque, Le Havre et Calais, c'est finalement à Boulogne qu'il se fixera avec son épouse, native d'Armentières, après avoir pris un café au Royal dans la rue principale en compagnie de son père. Car au cours de cette escale, il est tombé sur une ancienne boucherie tenue par une veuve. L'emplacement est idéal mais tous les Boulonnais rencontrés lui déclarent qu'il n'arrivera jamais à lui acheter son pas de porte. Fougue de la jeunesse, sens pointu de la relation humaine, Philippe Olivier en fera l'acquisition. Aujourd'hui, c'est dans cette même boutique qu'il me reçoit. En dessous, sont disposées de petites caves et sous les étagères une couche de terre et de charbon de bois ont été étalées. Chacune d'elles à une hygrométrie et une température adaptées aux fromages qu'elle héberge. Ils y "mûrissent" sur des clayettes en bois réalisées en hêtre ou en orme, mais surtout coupées à la lune montante. C'est un vieux truc des fromagers d'autrefois qui savaient que la sève continue de monter. A vivre, quoi ! Ainsi, la flore des fromages se développe mieux et leur maturation s'en trouve améliorée.

Durant toutes ces années, Philippe Olivier a œuvré sans compter (et non pas sans Comté !) pour la défense et le renouveau des fromages du Nord. Je me rappelle d'ailleurs, avoir fait connaissance de ses fromages chez Bernard Robin au début des années 80, et avoir découvert son visage dans une émission de JP Coffe dans les années 90. Il y présentait notamment une Mimolette cassante, un grand et inoubliable moment. Dans ces années là, il créera d'ailleurs un fromage, le Crémet du Cap Blanc-Nez, à la croûte fleurie et en forme de gros Gaperon. La particularité de cette création sera d'être fabriquée à partir du lait des vaches qui paissent dans l'herbe salée des pâtures envahies par la marée. On peut en conclure, à l'instar de l'agneau qui broute dans l'estran, que ce Crémet est un fromage de pré salé ! Ma visite se terminera par une passionnante dégustation de fromages, naturellement au top de leur affinage : Camembert de Normandie - Reblochon affiné à l'Apremont - Fromage chèvre de Bourg en BresseBergues - Maroilles de 100 jours - Mimolette de 2 ans - Fromage italien, que du bonheur !

Après cette dégustation, inutile de préciser que Philippe Olivier est passionné par son métier de fromager. Les trémolos dans sa voix quand il évoque "les fromages au lait cru" se suffisent à eux-mêmes. Et ce ne sont certainement pas les élèves de première année de BAC professionnel du lycée hôtelier de Beuvry qui me contrediront, eux qui avaient les larmes aux yeux en écoutant son vibrant plaidoyer, dont l'émission "Les fables de M. Aubrée en Nord Pas de Calais et Picardie" passées en juin et juillet 2010 sur FR3 s'est faite l'écho.

Aujourd'hui, l'entreprise "Olivier" c'est 17 personnes et 55 % de son chiffre d'affaires à l'export (Europe, Dubaï, Katar, Chine, Singapour). C'est aussi 800 restaurants approvisionnés dans le monde, plusieurs fromagers de l'hexagone et 10 points de vente en Nord Pas-de-Calais, dont 2 à l'enseigne "Philippe Olivier".

Après sa retraite prise fin septembre 2010, Philippe Olivier, également Président du Syndicat des Fromagers de juin 2010 à juin 2015, reste toujours au contact de sa passion. Les conférences dans le monde entier pour des syndicats fromagers ou pour Sofitel (Papeete, Bora-Bora …) ainsi que la présidence de quelques concours, vont employer son nouveau "temps libre". La première soirée de cette nouvelle vie, à laquelle il nous avait d'ailleurs gentiment conviés pour son premier jour de retraite, s’est déroulée à Bergues, une petite cité de caractère du Nord de la France, rendue célèbre par le film de Dany Boon. Organisée le vendredi soir 1er octobre 2010 par la confrérie du fromage de Bergues/Saint-Winoc, elle a été l'objet d'un repas associant les fromages de l'hexagone à des grands crus."

 

Ce panégyrique, je le concluais ainsi : "Mon cher Philippe, je sais que ta nouvelle vie active va être aussi remplie que l'ancienne, alors longue route à toi". Aujourd'hui, comme hélas cette route s'est arrêtée, je te dirais juste :

"Repose en paix mon cher Philippe, tu l'as bien mérité" !

Fromagerie Philippe OLIVIER

Propriétaire : Romain OLIVIER

12 rue Thiers - Au cœur de l'Espace Piéton

62 200 BOULOGNE-SUR-MER

Tél. : 03 21 31 94 74

Email : info@philippeolivier.fr

Site web : https://philippeolivier.fr


Rejoindre le Pré Catelan un samedi, c'est le parcours du combattant !

C'est un des lieux mythiques de la capitale et on oublie très vite l'époque où ce "pré" servait de carrière pour extraire les pierres destinées à paver le Bois de Boulogne. Dès son inauguration comme parc d'attraction en 1856, le Pré Catelan connaît un immense succès. Le site est bucolique, ses orchestres sont de grande qualité et ses fêtes sont raffinées, bref tout contribue à l'instituer comme l’un des lieux les plus prisés de la capitale. En 1905, l'architecte Guillaume Tronchet, formé aux Beaux-Arts de Paris, le transforme en casino-restaurant de luxe. En 1908, c'est Léopold Mourier, propriétaire notamment du Fouquet’s, qui le rachète et le façonne pour qu'il devienne l’un des endroits les plus courus du tout Paris. Mais c'est grâce à Colette et Gaston Lenôtre, qui en 1976 reprennent Le Pré Catelan, que l'établissement devient un haut lieu de l’événementiel, se distinguant de la concurrence par une offre gastronomique haut de gamme. En 1997, Frédéric Anton, y pose sa toque et ses casseroles. Et en 1999, ce disciple de BardotBoyer et Robuchon décroche une deuxième étoile qui sera suivie en 2007 par la troisième, toujours au programme en 2022. Entre temps, Frédéric Anton devient MOF en 2000. Depuis 2011, l'établissement est aux mains de la Sodexo.

C'est toute cette histoire, notamment celle liée à Gaston Lenôtre dont les ouvrages m'ont inoculé le virus pâtissier, qui nous a conduit avec mon épouse à choisir le Pré Catelan comme "cadeau de Noël" avancé avec la formule "Le menu du Pré et son accord mets/vins.

Pratiquement tout avait été réglé avec Thierry Pruvot, le nouveau directeur de salle depuis 2019 (après le départ de l'emblématique Jean-Jacques Chauveau et ses 39 années de bons et loyaux services), pour arriver sur le coup de 11 h 45 et faire un petit tour dans l'établissement pour glaner ici et là quelques images animées d'au moins un des 12 Salons (Honneur, Trianon, Empire, Louis XVI, Versailles, Catelan, Lenôtre, Caravelle, Marie-Antoinette, Médicis, Roqueplan et Eugénie). C'était hélas, sans compter sur Anne Hidalgo et ses sbires écolos ! Car le samedi, mais aussi le dimanche, une partie des voies de communication du Bois Boulogne, dont l'essentielle allée de la Reine Marguerite, est neutralisée pour permettre à quelques adeptes de la bicyclette et du jogging de les parcourir ... Et bien sûr qu'aucune signalisation n'a été mise en place pour permettre d'arriver tranquillement et sereinement au Pré Catelan ! Après plus d'une demi-heure d'errance dans le Bois de Boulogne à chercher la bonne issue pour parvenir au Pré Catelan, nous y serons à 12 h 15 ... et c'est foutu pour la visite !

A ce propos, il est fort regrettable, pour ne pas dire inacceptable, que la direction du Pré Catelan, au courant de l'arsenal anti-voiture mis en place le WE par "Madame 1,75 %", ne prévienne pas sa clientèle de province de cet épineux problème !

Après avoir retrouvé tout mon calme, ou presque, nous pouvons passer la porte d'entrée du Pré Catelan. Nous y sommes accueillis par Thierry Pruvot, équipé, comme d'ailleurs tout le personnel, d'un masque. Il nous conduit dans la grande salle et nous invite à prendre place sur une large "banquette verte" accueillante et confortable.

L'amuse-bouche qui accompagne notre coupe de Champagne Pierre Gerbais100 % Pinot meunier (et donc de l'Aube), est une longue et croustillante Allumette au Comté et Parmesan. C'est impeccable mais dommage qu'elle soit orpheline ...

Nous commençons par les deux premières préparations de notre menu, servies ensemble. Tout d'abord, l'Oursin, tartelette croustillante, crème Stracciatella, caviar et zestes de citron vert, et ensuite le Crabe, petit flan moelleux, dashi, fumet léger à l'anis. Il y a un sacré travail d'architecture gustative et de textures. C'est nickel/chrome ! Pas de vin d'equipage ...

Nous poursuivons avec le Homard, comme un cappuccino. Il s'agit en fait d'une bisque bien concentrée mais surtout très équilibrée dans sa puissance, et qui se boit, tout simplement. Max Power, le sommelier qui officie à notre table, nous sert un Bergerac sec 2018 des Conti, au nez profond, très fleurs blanches, ample en bouche avec une finale gourmande et croquante. Parfait !

Déjà le quatrième service avec La Saint Jacques, rôtie au beurre de au romarin. Plongée ou drague, aucune info n'est donnée sur son mode de pêche et son origine, et c'est bien dommage dans un 3 étoiles. Heureusement, ma pecten maximus est cuite pile poil et le beurre au romarin est remarquablement équilibré et respecte la délicatesse de ce produit. Cette idée me plait bien et j'essaierais; en toute modestie, de reproduire cette association à la maison. Le vin choisi est le très rare Jasnières, un nectar trop souvent oublié dans les cartes des restaurants, un cru dont Curnonsky déclarait qu’il produisait le meilleur blanc du monde… trois fois par siècle. Celui servi est issu de la parcelle Les Côtières et vinifié par Christine de Mianville, dont le chenin s'unit parfaitement au coquillage et au romarin. 

Nous continuons avec La Langoustine, ravioli, foie gras de canard, fine gelée à la feuille d’or. Mais quel est l'intérêt gustatif de la feuille d'or ? Mis à part cette remarque, l'ensemble une fois de plus est remarquablement conçu pour offrir une découverte papillaire au top. Le breuvage d'équipage est un Riesling "Rosenberg" 2018 d'Albert Mann. Avec sa pointe de sucres résiduels et son absence de manifestation pétroleuse, l'accord est concluant.

Nous maintenons nos découvertes visuelles et gustatives avec Le Cabillaud, brandade Moelleuse. Je dois avouer qu'à l'énoncé de ce plat j'étais plutôt perplexe, redoutant un côté aillé. Dès la première bouchée, je comprends que cette brandade, comme d'ailleurs pratiquement tous les plats servis, est dans la finesse et la virtuosité. Son onctuosité la rend addictive. Le vin d'alliance ? C'est un Châteauneuf-du-Pape 2017 de la famille Mayard, version "La Crau de ma Mère". Assemblage de Grenache blancClairette, et Roussanne, élevés en demi-muids pendant 8 mois, ce vin est suffisamment puissant et aromatique pour dominer, mais sans l'écraser, le côté brandade du plat.

Avec Le Saumon, fumé au bois de cerisier, confit, wasabi, je ne m'attendais pas à être autant estomaqué ! La cuisson est plus que parfaite, à la frontière du mi-cru/mi-cuit, le fumage est délicat avec un wasabi équilibré, non agressif. Mon seul regret concerne ma portion ... pas assez conséquente ! Le Châteauneuf précédent l'accompagne en toute quiétude.

Je ne suis pas un amateur du caviar, et encore moins un grand connaisseur. L'expérience de cette pause "Caviar (de France), sorbet Champagne" ne va pas changer la donne. Je reste toujours aussi circonspect par la présence d'une telle préparation dans un menu, si ce n'est pour justifier sa tarification, comme pour la feuille d'or d'ailleurs. D'autant qu'aucune précision n'est donnée sur l'espèce servie (baerii ?), sur la région de sa production (Aquitaine, Sologne ?); idem pour le Champagne utilisé. Donc, je passe et j'oublie ... 

Théoriquement, selon le contenu du menu proposé ce 17 décembre 2022, le plat suivant devait être Le Pigeonneau, préparé comme une rôtie, jus d'ortie. Mais lors de mon entretien téléphonique préalable avec Thierry Pruvot, j'avais pris la sage précaution de m'assurer que Le Lièvre à la royale, à la façon du sénateur Couteaux serait toujours d'actualité et j'en avais réservé deux parts. Cette version est celle que Joël Robuchon défendait bec et ongles. Dès lors, Frédéric Anton ne pouvait que l'adopter ! Palais délicat s'abstenir, car cette interprétation est annoncée comme très couillue, du fait notamment des proportions d'échalotes et de gousses d'ail utilisées ! En fait, d'intenses saveurs et effluves sont certes présentes mais elles sont maitrisées, apprivoisées. L'expérience de cette version se révèle hautement convaincante, à l'image d'ailleurs de l'éthérée cuisine de Frédéric Anton. Et les pâtes à la truffe et au Parmesan apportent ce supplément d'âme qui fait la différence ! Pour le vin, nous voguons vers la Corse, du côté de Calvi, avec un 100% Sciaccarelu de 2017 du Clos Colombu d'Etienne Suzzoni. Sa matière charnue abrite un élégant fruité épicé qui pactise au mieux avec notre léporidé. 

A la lecture de l'intitulé Le Fromage, soufflé chaud vapeur, truffe, j'imaginais le service d'un soufflé au fromage, aérien. Il n'en est rien. Le fromage (pas d'infos sur son origine !) est légèrement compact, certainement du fait de son mode de préparation et de cuisson. Mais l'ensemble se dévoile très savoureux (délicate crème de Comté) et se laisse apprécier sans problème.  

Dernier volet de notre menu, la partie sucrée en 2 épisodes. Le premier met en scène Le Pollen, sablé, glace au miel. Constante de la cuisine de Frédéric Anton, son visuel est très étudié, méticuleux et pointilleux dans la mise en place de son décor; et dès la première bouchée, l'engagement à poursuivre notre péché de gourmandise se manifeste sans retenue. Le second présente Le Chocolat, tarte fondante au cacao amer, crème glacée pistache, un dessert ciselé qui se révèle aérien, moelleux et goûtu, bref très Robuchonnien. Le mariage vineux s'opère avec un vin d'Alsace, un Gewurztraminer 2016 "Fronholz" du domaine Ostertag. Ses 48 g/l de sucres résiduels sont équilibrés par une belle minéralité et avec ses notes épicées, notre nectar pactise en toute intelligence avec nos deux desserts. On conclut avec deux excellentes mignardises, seulement deux devrais-je dire, à l'instar de l'unique amuse-bouche ! En effet, si je fais le parallèle avec notre déjeuner du 24 juin 2022 chez Pierre Gagnaire, ce Pré Catelan manque d'un récurrent poil de générosité ... et de gratitude pour Frédéric Anton, absent ce 17 décembre 2022, dont j'aurais apprécié un simple message de remerciement pour ma remise du fac-similé d'un menu du 14 mars 1983 dédicacé par Joël Robuchon.

Une dernière attention enfin à l'égard de Joffrey Dupont, tout jeune commis en salle, qui à 13 ans m'a confié avoir visionné notre déjeuner chez Bocuse et suivre depuis ma chaîne YouTube ! Etonnant, attendrissant et réconfortant !  

Le Pré Catelan

Chef : Frédéric ANTON, MOF 2000 - Adjoint : Mehdi SGARD

Directeur de salle : Thierry PRUVOT - Sommelier : Max POWER - Serveur : Joffrey DUPONT

Bois de Boulogne 

75016 PARIS

Tél. : 01 44 14 41 14

Email : leprecatelan-restaurant@lenotre.fr

Site web : https://restaurant.leprecatelan.com


Bernard Lavilliers, l'homme aux mains d'or

Né  le 7 octobre 1946 à Saint-Etienne (d'autres disent à Firminy !) après la guerre, Bernard Lavilliers a vécu une jeunesse particulièrement agitée, refusant par exemple d'effectuer son service militaire et donc ... incarcéré à Metz pour rébellion. Ses premières chansons, très contestataires, s'acclimatent joliment au contexte libertaire de l'époque (Mai 68 est passé par là).

En 1972 sort son premier album, "Les poètes". Puis viennent "Les Stéphanois" et "Les Barbares", à l'issue desquels il obtient dès 1976 un véritable succès populaire. Chanteur engagé à gauche, mêlant habilement le rock et les rythmiques latines, jazz ou dub, Bernard Lavilliers s'éclipse dans les années 80 pour des voyages en Jamaïque et aux Etats-Unis.

Dès lors, Bernard Lavilliers va étoffer ses musiques et composer notamment le tube "Stand the Ghetto" issu de l'album "O Gringo". En 2001, dans un contexte extrêmement difficile pour la sidérurgie française, il sort l'album "Arrêt sur image" où figure certainement l'une des plus belles chansons de l'univers musical francophile : "Les mains d'or". Une ode hautement émotionnelle aux durs métiers des hauts fourneaux, qui m'arrache à chacune de ses écoutes des larmes de bonheur. Moi qui, dans une lointaine vie antérieure, avait modestement forgé des pics pour embrocher des poulets sur les rôtissoires de M. Giraudon dans son atelier de Sainte-Geneviève-des-Bois (Cf. Photo N°2 ci-dessous) 

Durant l’année 2019Bernard Lavilliers part en Argentine, histoire d'engager et de connaitre de nouvelles expériences qui donneront naissance le 12 novembre 2021 à l'original album, "Sous un soleil énorme", dont le chanteur défendra plusieurs de ses titres au cours de sa tournée hexagonale de 2022 et 2023

Le 9 décembre 2022 il faisait escale avec ses 6 musiciens, Marco Agoudetse (saxophone, percussions et violoncelle), Vincent Faucher (guitares)Michaël Lapie (batterie et guitare), Olivier Bodson (guitare, trompette et bugle)Xavier Tribolet (claviers et accordéon) et Antoine Reininger (basse, contrebasse et percussions), à la salle du Jeu de Paume à Blois.

Nous y étions en famille, en compagnie de 2275 autres personnes, pour l'entendre et le voir interpréter durant un peu plus de 2 heures les vingt-deux titres suivants de son répertoire :

01 - Les Porteños sont fatigués - 2021

02 - Voyageur - 2004

03 - Scorpion - 2013

04 - Samedi soir à Beyrouth - 2008

05 - La grande marée - 1975

06 - Petit - 1988

07 - Je cours - 2010

08 - Beautiful days - 2021

09 - Troisièmes couteaux - 1994

10 - Bon pour la casse - 2017

11 - Betty - 1981

12 - On the road again - 1988

13 - Le cœur du monde - 2021

14 - Noir tango - 2021

15 - Gentilshomme de fortune - 1986

16 - Idées noires - 1983

17 - Stand the Ghetto - 1980

18 - Toi et moi - 2021

19 - Borinqueño - 1986

20 - La salsa - 1980

21 - Les mains d'or - 2001

22 - La malédiction du voyageur - 1981


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On the road again
Bernard Lavilliers-On the road again 02.
Fichier Audio/Vidéo MP4 85.2 MB
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Les mains d'or
Les mains d'or.Bernard Lavilliers(3).202
Fichier Audio/Vidéo MP4 97.7 MB

Le Jeu de Paume

66 avenue de Châteaudun

41000 BLOIS

Tél. : 02 18 14 24 95


L'Auberge du XIIème siècle, son "Lièvre" n'est pas royale !

C'est l'agréable "redécouverte" de cette fin novembre 2022 ! Cela faisait un peu plus de 40 ans que nous n'étions pas retournés dans ce restaurant tenu à l'époque, par l'étoilé Jean-Claude Niqueux. Après plusieurs changements de propriétaires, dont celui avec Xavier Aubrun & Thierry Jimenez avait permis de regagner l'étoile en 1999 et la perdre en 2012, depuis septembre 2020 ce sont désormais Stéphanie et Kevin Gardien qui en ont les clefs. Le cursus de Kevin Gardien s'honore de plusieurs tables étoilées comme l'Orangerie* et le Médicis* (je n'ai jamais compris que ce restaurant de Damien Garanger ait pu être étoilé par Michelin de 2008 à 2012) à Blois, l'Alexandrin* et l'Auberge de l'île** à Lyon, mais aussi le Chapeau Rouge** à Dijon. Avec un tel parcours, pas étonnant qu'il ait décroché le Bib gourmand en 2021 !

C'est la proposition sur leur site de cette spécialité que je traque chaque fin d'année, "Notre Lièvre à la royale" inscrite dans leur menu Balzac en 5 actes, qui a motivé notre déplacement. Mais une première surprise nous attend à la présentation de la carte par Stéphanie Gardien. Ce plat n'est disponible qu'au menu Calder en 7 actes ! Après avoir manifesté mon grand étonnement, suivi par quelques échanges et explications, finalement je peux en bénéficier, sans supplément. Ce qui est normal, car autrement cela constituerait une pratique commerciale trompeuse !

Pour nous accueillir en toute convivialité, Stéphanie Gardien nous sert une insolite et sympathique Gaufre de chèvre à tremper dans une crème de morcilla séchée. Cela nous donne le temps d'explorer la carte et de conclure notre déjeuner avec deux menus Balzac. C'est au tour de Kevin Gardien d'entrer en scène avec 3 amuse-bouche originaux fort bien construits, rafraichissants, savoureux et bien relevés : Rillettes de lapin et moutarde d'OrléansTartelette au chèvre frais - Croustillant riz, crème citronnée et sandre fumé.

Histoire de patienter, nous avons droit à un sublissime Vaporeux de patates douces, biscuit de patates douces au curry et cecina de bœuf ! Niveau étoile !

Notre déjeuner commence avec des Noix de Saint-Jacques snackées, topinambour et poire, bouillon de bardes au girofle. Je craignais, comme c'est hélas trop souvent le cas avec le topinambour, que ce tubercule manifeste quelques effets digestifs désagréables une fois sur le retour. Il n'en a rien été et cette entrée est impeccable.

Les courges sont les légumes vedettes de cette fin de saison. Je n'ai pas retenu toutes celles que Kevin Gardien nous a ciselé derrière ses fourneaux (butternut, sucrine du Berry ...) mais le résultat dans l'assiette est fabuleux. Il y a une incroyable harmonie entre les différentes textures et saveurs qui permettraient d'envisager sans aucun problème une récompense étoilée ! Chapeau bas, l'artiste.

Le poisson du "Retour de criée" apprête la lotte, un poisson plutôt délicat à cuire parfaitement. Et celui qui m'est servi (mais pas celui de mon épouse) n'a hélas pas manqué pas de vérifier cette difficulté, avec comme résultat un morceau de lotte cotonneux. Escortée de carottes confites dans leur jus, de pamplemousse et d'un bouillon de coquillages, la concentration de l'ensemble carotte/agrume l'anesthésie plus qu'elle la met en valeur. 

J'étais venu pour lui et je l'attendais avec impatience, et il est arrivé ce "Notre lièvre façon royale", comme l'a intitulé et me l'a d'ailleurs rappelé Kevin Gardien, lors de mon petit débrief. Eh bien ! non, cher Kevin ! Je réitère et je maintiens mon propos. Votre "Lièvre" n'a rien de royale, même en lui mettant un R majuscule ! Deux aiguillettes de lièvre poêlées, accompagnées d'un conchiglioni farci à la royale, d'une mousseline de pommes de terre et d'un vaporeux de champignons, ça ne suffit pas à qualifier une préparation de Lièvre à la royale ! Votre interprétation est certes gustativement intéressante, mais elle n'a strictement rien à voir avec les seules qui peuvent et ont le droit de porter ce patronyme, c'est à dire celles de Carême, Babinski et Couteaux ! Ces trois esthètes ont dû se retourner dans leur tombe en voyant la vôtre ! C'est bien de revisiter à sa façon une recette emblématique de notre patrimoine culinaire, mais avant de la revisiter il faut d'abord la visiter ! Et puis n'oublions pas que cette prestation est quand même facturée à la carte 38 € 00, soit par exemple 3 € 00 de plus que celle mirifique de Jean-François Beauduin en sa Croix Blanche de Veuzain-sur-Loire honorée d'un Bib gourmand, et en 2 versions en plus

Mon épouse a préféré choisir la Noisette de biche, mousseline de céleri, jus de gibier au praliné de la maison "Fèves" et elle n'a pas eu à le regretter tant elle s'est régalée. 

Pour clore notre déjeuner, cela ne pouvait pas tomber mieux, moi qui adore les soufflés. Celui servi utilise à merveille le Royal Combier, et se complète admirablement avec une nage de clémentines et un sorbet à l’orange. Quelques instants plus tard, Stéphanie Gardien conclut cette prestation avec 3 novatrices et délicieuses mignardises à savoir, une "Grosse" madeleine (c'est très rare de ce calibre !) au miel de sarrasin, une moelleuse et fondante Guimauve à l'absinthe Combier et une trop rare Muscadine.

Pour l'association vineuse de ce repas, nous avons fait confiance aux fines bulles du Vouvray de Bernard Fouquet, un des très bons producteurs de ce vignoble justement réputé; et pour le fameux "lièvre républicain", j'ai souscrit à la proposition d'un verre du très honnête Saumur-Champigny 2021 "Les Tuffes" de Sanzay. La carte des vins recourt à l'essentiel, avec une sélection de très bons vignerons du Val de Loire. On y trouvera sans peine des accords mets/vins permettant d'apprécier au mieux la cuisine mise en œuvre par Kévin Gardien. Toutefois, un sommelier d'expérience serait le bienvenue, histoire de la "revisiter" (après l'avoir visitée bien sûr !), ne serait-ce que pour corriger les erreurs qu'elle contient. A l'instar de la cuvée Marine 2019 de Breton identifiée comme un Montlouis rouge, de ces Cidre et Poiré classés dans les Méthodes traditionnelle (sic), de ces Chinon listés sans séparer ceux des graviers et des coteaux, de cette case fourre-tout "Vin du sud" réunissant entre autres, Cahors et Saint-Chinian ... et surtout de bien lire les étiquettes pour orthographier impeccablement les vins référencés, comme le Larose-Trintaudon Cru bourgeois du Haut-Médoc !

L'Auberge du XIIème siècle

Propriétaire et chef : Kevin GARDIEN - Propriétaire et salle : Stéphanie GARDIEN

1 rue du Château

37190 SACHÉ

Tél. : 02 47 26 88 77

Email : contact@auberge12emesiecle.fr

Site web : www.auberge12emesiecle.fr


Le menu "Retour de chasse" de Christophe Hay à Fleur de Loire

y L'année dernière nous avions extrêmement apprécié le menu "Retour de chasse" que Christophe Hay proposait à La Maison d'à Côté, alors 2 étoiles Michelin. Tester à nouveau cette giboyeuse prestation de haute volée à Fleur de Loire au restaurant "Christophe Hay" m'est apparu comme une excellente initiative, d'autant que ce chef venait tout juste de récupérer ses 2 étoiles*, en suspens depuis son déménagement.

Et comme l'année précédente, mais cette fois-ci auprès d'Hugo Vasseur, j'ai sollicité la faveur (cordialement accordée), d'apporter un "vieux" millésime de ma cave pour escorter notamment les différentes préparations de Lièvre, mais aussi le Mouflon.

Comme d'habitude, la partition des mise en bouche constitue un joyeux moment de plaisirs visuels et papillaires, qui au fur et à mesure de leur dégustation s'élève crescendo. Que ce soit la Feuille de consoude gaufrée, agrumes de notre serre, la Friture de gardons de Loire, la Gavotte au Gouda de Touraine, moutarde d'Orléans et ail des ours, la Tuile et pois chiches de Beauce, et la Tartelette de tarama de Brochet de Loire et son voile de pomelos, tout est minutieusement et méticuleusement créé et agencé. Et comme les assiettes conçues et fabriquées par Annie Cosson, céramiste à Crouy-sur-Cosson, pour servir d'écrin à ces créations sont élégantes et éblouissantes, je n'emploierais qu'un seul adjectif pour cette introduction : superbe !

On passe ensuite aux "accompagnants", soit une Coupelle d'huile colza, un excellent Pain au son maison et deux Beurres, l'un demi-sel et l'autre au caviar (séché ?) de Sologne. Désormais, nous sommes d'attaque pour affronter la suite en toute sérénité ! 

 

* le 17 octobre 2022 en fin de soirée, alors que je consultais le site du guide Michelin à la recherche d'établissements proposant du "Lièvre à la royale", je n'en ai pas cru mes pupilles quand j'ai lu que "Christophe Hay - Fleur de Loire", non seulement y était référencé, mais en plus récupérait ses 2 étoiles ! Je lui ai alors passé un message et il n'était pas au courant. Le Michelin ne l'avait même pas averti ! C'est seulement en les contactant quelques jours plus tard pour maitriser une juste communication à ce sujet, que Michelin lui a confirmer cette bonne nouvelle. Ils lui ont en outre précisé que ce n'était la première fois qu'il prenait une telle décision avant le show annuel et la parution du guide, et que l'année dernière, la Maison Jeunet avait déjà bénéficié de ce même traitement (ce n'est donc pas une faveur comme certaines mauvaises langues auraient pu et/ou pourraient le penser !!!)   

Le premier service concerne l'Oreiller de Belle Aurore en version 3 plumes (poule faisane - perdrix - colvert). Il est présenté, commenté, découpé, détaillé et servi par la gracieuse et habile Margot. D'une année sur l'autre je m'extasie encore à propos de cette merveilleuse préparation. Et en visionnant à plusieurs reprises ma vidéo (vers la troisième minute), je me dis que nous aurions dû demander à bénéficier des 2 tranches d'entames ... reparties trop vite en cuisine ! L'ensemble est harmonieux et délicieux. Quant au sabayon à la santoline, c'est de la bombe, c'est le cas de le dire ! Il n'en restera plus un seul gramme dans la petite casserole en cuivre qui lui servait de réceptacle ! Pour l'équipage vineux, Hugo Vasseur, désormais chef sommelier depuis le départ fin octobre 2022 de Sébastien Durance, nous a conseillé puis servi un très bon Vouvray sec 2021 d'Alexandre Gicquel à Noizay. Je n'aurais peut-être pas oser associer ce type de breuvage sur cette entrée, mais finalement l'association fait bon ménage.

Comme c'est souvent le cas avec Christophe Hay, des petits plus imprévus égayent et ravissent nos papilles à l'occasion de nos venues. Celle de ce 10 novembre 2022 n'échappe pas à la règle, avec en cadeau un Cèpe en vapeur de sous-bois, cresson alénois et tomme de Beauce, déroulé par l'affable et pétillante Suzanne Vannier. C'est un remarquable travail, fort bien ciselé, avec un coulis de cresson alénois à tomber.

En attendant un jour que le château de Chambord dispose de ses propres installations frigorifiques pour proposer à la vente ses Mouflons élevés en liberté dans son parc de 5440 hectares, c'est Christophe Hay qui les cuisine et les commercialise, à l'assiette, en son Fleur de Loire. Il doit d'ailleurs être le seul chef en France qui en propose à sa clientèle. Ma vidéo tournée à l'occasion de ce déjeuner permet  de se faire une idée (4' 45") de cette viande si particulière, quand elle est encore sous forme de trains de côtelettes ou de selles. C'est Charles Barentin qui assure la présentation de ce Mouflon en 3 préparations. D'abord en carré rôti, puis en cuisse enveloppée dans des feuilles de chou pancalier et enfin en selle associée à une embeurrée de chou pancalier. Viande très goûteuse et bien tendre, cuisson parfaite, accompagnement légumier impeccable, avec notamment ce bizarre mais succulent "sparassis crépu", ce plat est parfait.

Pour aborder la suite, nous avons droit à breuvage dépuratif constitué d'une Pause végétale bâtie autour de l'oignon du jardin. Si je m'en régale, mon épouse par contre reste beaucoup plus sceptique et me confie le soin de terminer la sienne.

Annoncé dans ce menu en 2 versions, le Lièvre à la royale dont Christophe Hay nous fait la description se compose en fait de 3 actes ! Le premier est la variante d'Antonin Carême, sans chichis inutiles, avec juste un peu de livèche dans sa farce centrale et simplement (façon de parler !) nappé d'une sauce au sang puissante mais équilibrée. Le deuxième est celui qui aurait très bien convenu aux maxillaires édentés de Louis XIV, c'est à dire l'interprétation effilochée d'Aristide Couteaux, que Christophe enveloppe d'une crépinette. Il est aussi entouré par la même sauce et agrémenté d'un condiment tomate verte. Le troisième, plus allégé, se compose de vermicelles de châtaignes, de foie gras de canard, de petits légumes et d'un consommé de lièvre. En fait, c'est plus un accompagnement qu'une xième interprétation de ce plat mythique. Rien que ce plat nous transporte dans le cercle des 3 étoiles et s'il fallait que je ne garde qu'un souvenir de Lièvre à la royale, ce serait celui-là (en attendant peut-être celui de Frédéric Anton au Pré Catelan, le 17 décembre).

Pour faire une transition sucrée avant notre final pâtissier, c'est au tour du chef de cette spécialité incontournable, Maxime Maniez, de se présenter à notre table avec un prédessert travaillant le panais et la noisette. Ce légume racine est cuit, caramélisé et vanillé, escorté d'une crème fermière légèrement acidulée, ponctué d'une glace à l'huile de noisettes du chef pressées à froid (sic !), et avec une petite gavotte croustillante à la noisette. Moi qui rêvait depuis longtemps de goûter un dessert élaboré avec ce produit, trop souvent relégué à la seule fonction purée, un peu comme les courges, je suis aux anges ! C'est tout simplement éblouissant. Chapeau bas Maxime, mais fait quand même attention à ce que les noisettes du chef ne soient pressées ni à froid, ni à chaud 😂 ! 

En principe, le dessert prévu dans ce menu "Retour de Chasse" était une Pomme patte de loup comme une Tatin, crème fermière, plante à curry. Mais j'ai pensé que le Soufflé champignons-châtaigne, à l'affiche dans un des autres menus proposés, conviendrait mieux à l'esprit giboyeux de ce repas. Et quand j'ai réservé notre table, j'ai demandé à bénéficier de cette substitution. Je reste perplexe après l'avoir goûter, comme Pascale d'ailleurs, car nous n'avons pas ressenti le goût "champignons" comme nous l'imaginions, pas assez concentré pour nous. Peut-être que l'utilisation d'un champignon séché comme la morille aurait accentué cette perception et lui aurait donné ce peps supplémentaire qui lui manquait. Mais je dois avouer quand même que ce dessert était très intéressant. 

Nous n'étions pas au bout de nos surprises. Car pour nous faire plaisir, Maxime est de nouveau venu à notre table ... avec un second soufflé. Uniquement préparé avec des châtaignes et de la crème de marrons, réhaussé par un sorbet coing et un praliné à la châtaigne, c'est l'extase totale ! Merci Maxime !

Ultime exercice dans les douceurs avec d'exceptionnelles mignardises : Rocher noisette et gel de bergamote - Pâte de fruit à la tomate - Chocolat et son gel de gingembre parfumé au café - Nonette à la gelée de groseilles - Tartelette citron, gel de menthe et meringue !

En déménageant de Montlivault à Blois et en y investissant une conséquente somme d'argent, Christophe Hay vise de décrocher la troisième étoile et donc joue gros, très très gros même ! Comme je l'avais déjà dit et écrit l'année dernière, ce menu "Retour de Chasse" est très proche de ce niveau, plus pour moi qu'avec ses menus conçus autour des poissons de Loire, et maintenant aussi avec les poissons de Sologne (et donc d'étangs !). 

Fleur de Loire - Restaurant Christophe Hay

Propriétaire/Locataire/Chef : Christophe HAY

Chef exécutif : Baptiste INGOUF - Chef pâtissier : Maxime MANIEZ - Chef boulanger : Alexandre GABRIEL

En salle : Hugo VASSEUR, chef sommelier - Margot

26 quai Villebois Mareuil

41000 BLOIS

Tél. : 02 46 68 01 20

Email : contact@fleurdeloire.com

Site web : https://fleurdeloire.com/fr/


Déjeuner aux Champagnes "Philipponnat" à la Maison Médard

Quand le 14 octobre 2022 j'ai reçu un mél de la Maison Médard proposant pour le WE des 4, 5 et 6 novembre un menu "Accord mets et Champagnes Philipponnat" (la maison qui dispose d'un stock de 3 millions de bouteilles !) en 6 opus pour 150 € 00 apéritif compris, je n'ai pas réfléchi très longtemps. Grand amateur de bulles de cette région avec mon épouse, j'ai réservé illico une table pour le déjeuner du 5 novembre. Surtout que dans les 6 Champagnes d'équipage figurait le mythique Clos des Goisses, le plus ancien, le plus grand et sans doute l’un des plus célèbres clos du vignoble champenois; et qui, selon las avis éclairés des experts, produit un vin d'une ampleur et d'une longueur exceptionnelle. La seule inconnue, et je regrette de ne pas avoir demandé les précisions nécessaires à ce sujet, c'était la contenance des verres servis ... qui aurait dû d'ailleurs être indiquée. A priori, elle avoisinait les 5/6 cl, peut-être moins pour le Coteaux Champenois.

Pour l'apéritif, l'accord s'opère avec la Royale réserve non dosé sur 4 minutieuses et remarquables bouchées apéritives Panacotta aux cèpes sur biscuit sablé - Tartelette de crème de choux-fleurs - Œuf mimosa au chou-rave et huile de noix torréfiée - Tuile de chlorophylle de chou-rave, condiment à l'ail noir et tarama d'œufs de dorade. Histoire d'apporter un épaulement papillaire supplémentaire, nous avons droit à 3 beurres au lait cru (demi-sel, à la chlorophylle de chou-rave et au paprika-tomate), une coupelle d'huile de tournesol bio de GAR'Ô délices et surtout les formidables pains d'Au Repère du Bon Pain de Savigny-en-Sancerre.

Histoire de compléter ce quatuor, Magalie nous propose un travail sur la betterave, chioggia et rouge, assaisonnée d'une huile à l'estragon, et non huile d'estragon, et d'un vinaigre aux peaux de betterave. Je craignais qu'un un goût terreux se manifeste dans cet impeccable exercice, mais Julien Médard a adopté les bonnes betteraves.  

L'utilisation de l'œuf de cane est rarissime en cuisine. C'est d'ailleurs la première fois qu'il m'est l'occasion de le déguster dans un restaurant. Il est cuit à 64° et accompagné de rillettes de cuisses de canette, d'une brioche, d'épinard et d'un bouillon de volaille. Cette première entrée est délicate et suave. Pour lui tenir compagnie, Stéphane Morand nous verse du 1522 Brut 2015 Blanc.

C'est au tour de l'Oursin d'entrer en scène. Dans la première assiette, il s'accompagne d'une mousse de poisson, de citron sudachi, d'un cresson brède, d'un bouillon de légumes travaillé comme un beurre blanc, avec de l'oursin et d'un corail d'oursin, et dans la seconde, on trouve un risotto de céleri avec une crème d'oursin. Ce n'est pas le plat qui m'a le plus excité papillairement. Je m'attendais à une préparation plus iodée. Par contre, mon épouse qui n'a pas une grande attirance pour cet invertébré dont elle redoute justement le caractère iodé, a été satisfaite. En nous servant le Royale Réserve Rosé, Stéphane Morand commet un impair. En effet, il nous précise un dosage similaire à la Royale réserve non dosé, or celui-ci est à zéro g/l, alors que le rosé est à 9 g/l ! Autre remarque, mais destinée à la maison Philipponnat. Faire un Champagne rosé d'assemblage est un exercice désuet alors qu'une saignée lui donnerait, à mon avis, une autre dimension. Ne pas oublier que le Champagne est le seul vin de l'hexagone à pouvoir être élaboré grâce à un assemblage de vins rouge et blanc ! Vous avez dit lobbying ?

Gastronomie durable oblige, Julien Médard utilise la Saint-Jacques de plongée ! Dans ce premier plat, son duo est juste snacké, avec de la carotte glacée, des pieds de cochon et un jus aux barbes torréfiées. Un seul qualificatif : merveilleux ! C'est sur ce plat que Stéphane Morand nous fait découvrir le fameux et grandiose Clos des Goisses. C'est là que nous avons regretté que son bras ne soit pas resté un peu plus longtemps en position horizontale ...

Je n'en suis toujours pas fan, mais j'accepte de faire une petite pause avec l'Ice Champagne !

Nous reprenons avec le Pigeon de Racan. Le morceau servi est taillé dans le filet et cuit sur coffre, soutenu par un ketchup de "choix choucroute" (ce que j'ai compris !) et un pressé de légumes. Mais ce sont surtout la mousse de foie de pigeons à tartiner et une rillette qui vont parachever en toute béatitude ce superbe plat ! Comme nous en avons échangé avec le chef en fin de repas, son uniforme et étonnante couleur "rouge carmin" pourrait rebuter des amateurs de viande bien cuite. Mais comme je le pressentais en la voyant, il n'en est rien, la viande n'est pas du tout saignante. Je pensais que pour obtenir ce résultat, Julien Médard utilisait la cuisson sous-vide. Et bien non, il dispose d'un four spécial qui lui permet d'arriver à cette prouesse.  Et si le four tombe en panne, il est mal ! Pas de Champagne pour cette association vineuse conçue par Julien Médard et Matthieu Renault, un agent de la maison Philipponnat, mais un Coteaux Champenois identifié "Mareuil", dont l'année de récolte n'est pas indiquée explicitement sur l'étiquette. Il faut lorgner du côté du numéro de lot (bizarre pratique, plutôt utilisé autrefois pour les VDF !) pour la découvrir ... 2015. Belle découverte, mais trop chichement servie, du tout moins à notre table, tout juste 4 cl !

 

NB : les personnes intéressées par les particularités de ces 7 accompagnements vineux trouveront ci-dessous les fiches explicatives pour 6 d'entre eux, celle du Grand blanc 2012 étant indisponible.

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Royale réserve non dosé
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1522 brut 2015 blanc
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Royale réserve rosé
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Clos des Goisses 2012
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Coteaux Champenois Mareuil
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Collection LV 2000
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Pour la partition fromagère, c'est le lait de bufflonne de la ferme de la famille Bailly-Blain, non loin de Boulleret, qui est mis à l'honneur. Et pas du lait de bufflecomme l'inscrivait Jérôme Schilling, pourtant récent MOF 2022 (il faut d'ailleurs être très très intime avec l'animal pour en obtenir !) il y a quelques années dans un de ses menus (Cf. Diaporama photo N° 20) ! D'ailleurs, je ne serais nullement étonné qu'aujourd'hui, ce MOF 2022 travaille l'œuf de canard ! Visuellement et gustativement cette préparation est magnifique. Je la trouve sobre, élégante, équilibrée, suave, et pourtant, je ne suis pas fan de ce type de réalisation. Le Champagne sélectionné est la cuvée Grand Blanc 2012, 100% Chardonnay. Parfait !

Dernier volet gourmand de ce déjeuner, son final sucré. C'est la Poire qui en est la star. L'assiette en grès, de couleur rouge/orangé, ne met pas en valeur le très bel exercice accompli par le chef avec ce fruit peu utilisé. Deux variétés sont mises en concurrence, la Williams et la Conférence. Travaillées en tartare, enrobé dans une fine gelée avec du cerfeuil, parée d'une ganache pralinée, de tuiles au chocolat blanc croustillant (un chocolat au lait de chez Bonnat aurait peut-être mieux convenu), d'un sorbet au yaourt et d'un coulis de poire à base de peaux et de cœurs, ce n'est pas renversant, mais c'est du bel ouvrage. Le dernier Champagne présenté dans le cadre de ces accords est le LV Grand Blanc 2000. La mention LV pour long vieillement, puisqu'il a été dégorgé le 30 mars 2021. Ce 100% Chardonnay faiblement dosé à 4,5 g/l conclut en toute beauté ce "Menu d'exception" !!!

Et comme si sans mignardises, il nous aurait manqué ce petit quelque chose qui fait la différence, Stéphane Morand nous gratifie d'une Pâte de fruit raisin et cannelle, d'une Tartelette ganache à la pistache et d'un Sablé abritant une crème brûlée au rhum et un crémeux au marron (je préfèrerais le terme châtaigne).

Accompagner 6 préparations par 5 Champagnes différents et un Coteaux Champenois, en débutant par un sixième à l'apéritif, s'est révélé une expérience gustative des plus réussies, d'autant que ce menu "accords mets & Champagnes" était proposé pour 150 € 00 par personne tout compris. Julien Médard et son équipe comptent ne pas en rester là, et travaillent déjà les prochains thèmes 2023 où seront mis à l'honneur la truffe, et un peu plus tard le homard. A vos agendas ...

Maison MÉDARD

Chef : Julien MÉDARD - Propriétaires : Delphine & Julien MÉDARD

En salle : Delphine MÉDARD assistée de Magalie

Sommelier : Stéphane MORAND

19 place des Tilleuls

18240 BOULLERET

Tél. : 02 48 72 39 42

Email : contact@maisonmedard.com

Site web : www.maisonmedard.com


Cette photo rend hommage à mes parents et grands-parents, dont la triple activité commerciale de

"coiffeur-bar-restaurant" constituait, à l'époque, un univers de convivialité inégalable et jamais égalé !

Chicken's house
Maison Poulet

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